Président du jury des trophées Patrimoine & Création
La 6e édition du Riad Art Expo aura lieu du 31 mars au 4 avril. Véritable temple de l’artisanat et de l’art de vivre marocains, ce rendez-vous désormais incontournable se veut également un tremplin pour les jeunes créateurs qui, notamment grâce aux trophées Patrimoine, Création, Métiers d’art et Découverte, ont ici une occasion de se distinguer. Rencontre avec le président du jury, Yahya, dinandier de renom et ancien lauréat du Trophée Métier d’art.
Quelle sera la particularité de cette édition 2010 ?
La première force du Riad Art Expo, c’est qu’il n’exclut pas les arts de vivre de l’art tel qu’on le conçoit habituellement. C’est plus que de la déco, les objets se mêlent aux espaces, à l’architecture et aux ambiances. C’est une initiative ouverte pour que l’art entre dans la vie de tous les jours et devienne véritablement un art de vivre. C’est tout ça le Riad Art Expo. Dans cette optique, le salon mettra en valeur cette année l’artisanat durable et responsable. Mais la vraie nouveauté sera la présence de jeunes talents. Ils exposeront leurs œuvres au public. C’est une belle occasion pour eux de se faire connaître.
Vous avez reçu le trophée Métiers d’art du Riad Art Expo 2006, selon vous quelle est l’importance du trophée Patrimoine et Création pour les jeunes designers ?
Il joue un rôle important en effet. C’est un effort de mise en valeur du design marocain. Cela permet de découvrir et de détecter de nouveaux talents. C’est une vitrine pour les jeunes et cela permet aux moins jeunes de conserver un esprit affûté et en phase avec leur temps. C’est une saine confrontation d’imagination. La copie systématique qui se pratique partout tue la créativité des artisans. Le Riad Art Expo recherche les artistes qui n’ont pas peur d’inventer, de créer. Quand je me suis présenté pour le Trophée des Métiers d’art, c’était comme un examen. Je me préparais, je me préparais, mais au fur et à mesure mon projet changeait. À la fin il ne ressemblait plus à mon idée de départ, c’était quelque chose de nouveau. C’est utile pour eux qui sont novices d’apprendre à gérer le temps, la pression, les installations…
Et au niveau international ?
Sur le plan international cette réunion est très importante aussi. Elle joue le même rôle de vitrine pour les différents exposants. Elle offre aux professionnels du design et de la décoration la possibilité de voir par eux-mêmes la qualité et la haute précision du travail marocain. Cela permet l’émergence d’un marché de l’artisanat de luxe. C’est bénéfique pour tout le pays, cela lui donne une renommée mondiale, basée sur la qualité réelle de ce qui est produit au Maroc. Les gens viennent de Londres, de Paris… car c’est un salon unique au Maghreb.
Qu’est-il essentiel de mettre en valeur pour le trophée Patrimoine et Création ?
Le soleil qui rêve est parfois plus prometteur que le soleil qui brille. Si je peux influencer les autres pour qu’ils créent d’eux-mêmes avec leurs envies, leurs élans, sans mettre l’art dans des boîtes, sans avoir peur de suivre leur imagination et d’innover, j’en serais heureux. L’art, c’est la recherche de la beauté, on n’a pas besoin de mettre un nom sur un objet pour voir qu’il est beau. Et on ne peut atteindre la beauté que dans le respect des traditions religieuses, culturelles et artistiques. Mais il ne faut pas s’enchaîner à elles, il faut les intégrer à soi, pour suivre une démarche personnelle, créative et originale qui fait vivre l’art ; pour qu’il ne reste pas figé, qu’il évolue avec son temps sans perdre ses origines et ses codes fondamentaux. Je trouve que c’est le plus important pour un artiste, ne pas avoir peur d’inventer au risque de se tromper. « Celui qui n’a jamais fait d’erreurs n’a jamais rien essayé de nouveau. » J’adore cette citation d’Albert Einstein, j’ai le même point de vue que lui sur l’art. Défendre la nouveauté c’est important.